Laurent était embarqué pour l’Australie. Il avait emmené des ouvrages de formation infirmière pour s’occuper durant la traversée. Il était rempli de joie à l’idée qu’il serait bientôt papa. Celle nouvelle l’inquiétait aussi ; il n’avait eu ni frère, ni sœur, avait connu une enfance solitaire. Il se sentait donc inexpérimenté. Il avait partagé ses craintes à son médecin qu’il l’avait rassuré. Pas besoin de diplôme, il suffit d’aimer et de transmettre à nos enfants notre amour de la vie. Le médecin n’était pas inquiet pour Laurent : il savait qu’il serait un bon père d’autant plus que ses parents l’avaient délaissé et qu’il avait beaucoup souffert de cette situation.
Laurent ne quittait pas sa cabine. Il ne voulait pas risquer de prendre froid et de compromettre sa guérison. Il ne voulait pas repasser par les moments qu’ils avaient vécus. Il sortait pour les repas et pour se rendre aux bains deux fois dans la semaine. Il y recevait des massages et des soins et cela le rendait serein. La traversée passa vite. Laurent était occupé à étudier, il avait beaucoup appris avec le médecin qui partageait sa cabine. Il se sentait prêt pour son futur métier. Son grand-père lui avait obtenu une place pour l’hôpital militaire. Il était heureux de commencer bientôt sa formation, d’autant plus qu’il n’avait jamais eu la fibre des affaires comme son père.
Les passagers furent réveillés par l’annonce que le navire approchait des côtes australiennes. Le cœur de Laurent se mit à battre, il pensait à Georgie, il allait enfin l’épouser ! Le bateau accosta à 7H heure locale, une heure après, Laurent était en route pour le palais du Gouverneur. Quand il vit son grand-père, il le serra fort dans ses bras, il était si heureux de le retrouver ; tous deux avaient toujours été très complices. Edmund avait toujours un mot pour faire rire. Après un petit déjeuner copieux, les deux hommes échangèrent sur la traversée et la santé de Laurent. La maladie était stabilisée, il y avait encore des mois de traitement et de rémission mais la phase critique était passée. Le grand-père était soulagé que Laurent soit arrivé. Cette traversée était un gros risque pour lui mais il avait été raisonnable et ce repos contraint avait été très bénéfique.
– « Laurent, j’ai invité Georgie il y a quinze jours au palais pour faire sa connaissance et la rassurer. Je ne t’ai pas contacté à ce sujet, j’espère que tu n’en seras pas offusqué. Georgie est charmante ; mais dis-moi, il me semble que tu la connais depuis longtemps, cela ne daterait-il pas du concours de boomerang ? J’ai tellement ri ce jour-là que je n’ai pu oublier la jeune fille que tu as embrassé. Il me semble que c’était Georgie …
– « Oui, grand-père, c’est bien elle. Nous nous étions rencontrés quelques semaines auparavant lors d’une promenade dans la campagne. Nous sommes tombés amoureux ; le concours de boomerang est la circonstance qui nous a rapprochés. Après ce baiser, je l’ai revu. Je voulais en rentrant à Londres rompre mes fiançailles avec Elise. Mais la maladie s’est immiscée dans mes projets. Elise et le duc de Roussac ont organisé le mariage dans mon dos. Ils ont été jusqu’à me présenter à la Reine comme le futur époux d’Elise lors du bal des débutantes. J’étais ce soir-là au bras de Georgie. Ils ont humilié Georgie avec un scandale concernant son père le Conte Girard. Nous avons donc fui ensemble pendant 5 mois. »
– « C’est affreux, je suis désolé de ce que tu as vécu. Tu as été courageux de te battre comme tu l’as fait. Mais, pourquoi Georgie vivait-elle en Australie ? »
– « Elle ne connaissais pas l’identité de son père. Elle a été adoptée par des fermiers la famille Bäcker qui l’ont élevé comme leur propre fille. Elle a grandi dans la pauvreté dans la campagne australienne, mais préservée du malheur qui a touché la famille Girard. Elle a été recueillie bébé, donc n’a aucun souvenir de son enfance avec ses vrais parents. »
– « Je vois, c’est une triste histoire qui contraste avec la gaieté et le naturel de cette jeune femme. Elle est charmante, pleine d’esprit, je dois dire qu’elle m’a conquise. Cependant, si je me réjouis pour vous deux, je suis inquiet par rapport à la presse et à notre réputation. Durant ton absence, les journaux n’ont cessé de te salir, en disant que tu étais un lâche en abandonnant Elise. Les Roussac étaient même prêts à remettre une grosse somme d’argent à qui te retrouverait. »
– « Je ne le savais pas, mais cela ne m’étonne pas. J’ai réfléchi à la question. Je vais simplement dire aux journalistes lors d’un entretien privé que j’accorderai que je suis revenu en Australie pour y rejoindre ma fiancée Georgie, que je devais auparavant recevoir des soins d’urgence, raison pour laquelle j’ai passé quelques mois en Italie. La grossesse ne doit pas être cachée non plus. Georgie en est à son sixième mois, cela se voit, je ne veux pas qu’elle souffre. »
– « Mais, tu n’y penses pas, vous n’avez pas respecté les convenances, comment vas-tu justifier que Georgie est tombée enceinte, alors que vos fiançailles n’étaient pas officielles et que tu étais sensé être fiancé avec Elise ? »
– « J’y ai pensé. Je vais seulement raconter notre histoire telle qu’elle est. Je devais mourir, nous n’avions plus rien. Le duc nous traquait comme des bêtes sauvages. Alors, nous nous sommes aimés. Nous aurions été mariés, s’il n’y avait pas eu ce monstrueux scandale. »
– « Tu es courageux, Laurent. Votre histoire est magnifique, elle devrait toucher les gens. La noblesse et l’aristocratie s’y feront. Le plus important, c’est votre bonheur à tous les trois, et je me réjouis d’être arrière-grand-père. Laurent, je vous invite mardi pour partager le repas ensemble, nous pourrons parler de la soirée que j’ai prévu en ton honneur. La semaine prochaine, j’ai invité nos amis proches à fêter ton arrivée à Sydney et je pensais que ce serait l’occasion d’officialiser tes fiançailles et d’annoncer la date du mariage »
– « Oh, cela me touche, merci grand-père. C’est une initiative excellente. Je parlerai à Georgie pour voir ce qu’elle désire pour notre mariage. Je reviendrai dans trois jours seulement. J’ai réservé à Mengh pour recevoir des soins. »
Le grand-père serra Laurent dans ses bras avant de prendre congé. La journée était encore longue. Il était l’heure pour Laurent de chercher Georgie. Il avait acheté un bouquet de fleurs roses lorsqu’il se présenta au magasin de Barbara. Georgie le regarda avec émotion avant de se blottir dans ses bras. Les larmes coulaient sur le visage de nos deux amoureux, émus au plus profond de leur cœur. Ils s’étreignirent et s’embrassèrent, heureux de se retrouver. Barbara les interrompit.
– « Laurent, bienvenue à Sydney. Je suis si heureuse pour vous deux ! »
Elle serra Georgie contre elle, en lui disant de ne pas s’inquiéter pour le travail.
– « Maintenant que Laurent est là, je ne veux plus que tu travailles … tu vas penser à toi et au bébé. Si tu as envie, tu peux venir m’aider au magasin. Mais repose-toi. »
– « Tu es gentille Barbara, mais je peux encore coudre. «
– « Georgie, dit Laurent, Barbara a raison, nous avons beaucoup de choses à penser. Il est temps pour toi de te reposer. Pense au bébé et oublie le travail. Ce n’est pas grave, tu reprendras après la naissance quand tu en auras envie. »
– « Merci, je suis très émue. » Georgie pleurait car on n’avait jamais pensé à elle de cette façon.
– « Il faudra t’habituer à être heureuse mon amour ! »
Barbara riait, elle était si heureuse pour Georgie, comme une mère l’est pour sa fille. Et Barbara laissa nos deux amoureux ensemble s’éclipsant dans l’arrière-boutique.
– « Georgie, j’ai une surprise pour toi. Tu peux préparer tes affaires pour trois jours car nous partons en amoureux. Le cocher nous attend d’ici une petite demi-heure »
Georgie était toute émue et laissa échapper un « Oh, Laurent, tu es un amour, je me réjouis de n’être qu’avec toi, tu m’as tellement manqué, si tu savais …. »
– « Ne pleure pas mon amour. Tes tourments sont terminés. Nous allons nous ressourcer ensemble incognito. Nous avons besoin de nous retrouver. Je me réjouis de ta compagnie. Je t’aime »
Et il la serra fort dans ses bras avant de la laisser préparer ses quelques affaires. Il annonça la nouvelle à Barbara, lui disant de ne pas s’inquiéter. Barbara se réjouissait pour sa protégée qu’elle savait heureuse.
























