EPISODE 6 : EN ROUTE POUR L’AUSTRALIE

Laurent était embarqué pour l’Australie. Il avait emmené des ouvrages de formation infirmière pour s’occuper durant la traversée. Il était rempli de joie à l’idée qu’il serait bientôt papa. Celle nouvelle l’inquiétait aussi ; il n’avait eu ni frère, ni sœur, avait connu une enfance solitaire. Il se sentait donc inexpérimenté. Il avait partagé ses craintes à son médecin qu’il l’avait rassuré. Pas besoin de diplôme, il suffit d’aimer et de transmettre à nos enfants notre amour de la vie. Le médecin n’était pas inquiet pour Laurent : il savait qu’il serait un bon père d’autant plus que ses parents l’avaient délaissé et qu’il avait beaucoup souffert de cette situation. 

Laurent ne quittait pas sa cabine. Il ne voulait pas risquer de prendre froid et de compromettre sa guérison. Il ne voulait pas repasser par les moments qu’ils avaient vécus. Il sortait pour les repas et pour se rendre aux bains deux fois dans la semaine. Il y recevait des massages et des soins et cela le rendait serein. La traversée passa vite. Laurent était occupé à étudier, il avait beaucoup appris avec le médecin qui partageait sa cabine. Il se sentait prêt pour son futur métier. Son grand-père lui avait obtenu une place pour l’hôpital militaire. Il était heureux de commencer bientôt sa formation, d’autant plus qu’il n’avait jamais eu la fibre des affaires comme son père. 

Les passagers furent réveillés par l’annonce que le navire approchait des côtes australiennes. Le cœur de Laurent se mit à battre, il pensait à Georgie, il allait enfin l’épouser ! Le bateau accosta à 7H heure locale, une heure après, Laurent était en route pour le palais du Gouverneur. Quand il vit son grand-père, il le serra fort dans ses bras, il était si heureux de le retrouver ; tous deux avaient toujours été très complices. Edmund avait toujours un mot pour faire rire. Après un petit déjeuner copieux, les deux hommes échangèrent sur la traversée et la santé de Laurent. La maladie était stabilisée, il y avait encore des mois de traitement et de rémission mais la phase critique était passée. Le grand-père était soulagé que Laurent soit arrivé. Cette traversée était un gros risque pour lui mais il avait été raisonnable et ce repos contraint avait été très bénéfique. 

– « Laurent, j’ai invité Georgie il y a quinze jours au palais pour faire sa connaissance et la rassurer. Je ne t’ai pas contacté à ce sujet, j’espère que tu n’en seras pas offusqué. Georgie est charmante ; mais dis-moi, il me semble que tu la connais depuis longtemps, cela ne daterait-il pas du concours de boomerang ? J’ai tellement ri ce jour-là que je n’ai pu oublier la jeune fille que tu as embrassé. Il me semble que c’était Georgie …

– « Oui, grand-père, c’est bien elle. Nous nous étions rencontrés quelques semaines auparavant lors d’une promenade dans la campagne. Nous sommes tombés amoureux ; le concours de boomerang est la circonstance qui nous a rapprochés. Après ce baiser, je l’ai revu. Je voulais en rentrant à Londres rompre mes fiançailles avec Elise. Mais la maladie s’est immiscée dans mes projets. Elise et le duc de Roussac ont organisé le mariage dans mon dos. Ils ont été jusqu’à me présenter à la Reine comme le futur époux d’Elise lors du bal des débutantes. J’étais ce soir-là au bras de Georgie. Ils ont humilié Georgie avec un scandale concernant son père le Conte Girard. Nous avons donc fui ensemble pendant 5 mois. »

– « C’est affreux, je suis désolé de ce que tu as vécu. Tu as été courageux de te battre comme tu l’as fait. Mais, pourquoi Georgie vivait-elle en Australie ? »

– « Elle ne connaissais pas l’identité de son père. Elle a été adoptée par des fermiers la famille Bäcker qui l’ont élevé comme leur propre fille. Elle a grandi dans la pauvreté dans la campagne australienne, mais préservée du malheur qui a touché la famille Girard. Elle a été recueillie bébé, donc n’a aucun souvenir de son enfance avec ses vrais parents. »

– « Je vois, c’est une triste histoire qui contraste avec la gaieté et le naturel de cette jeune femme. Elle est charmante, pleine d’esprit, je dois dire qu’elle m’a conquise. Cependant, si je me réjouis pour vous deux, je suis inquiet par rapport à la presse et à notre réputation. Durant ton absence, les journaux n’ont cessé de te salir, en disant que tu étais un lâche en abandonnant Elise. Les Roussac étaient même prêts à remettre une grosse somme d’argent à qui te retrouverait. »

– « Je ne le savais pas, mais cela ne m’étonne pas. J’ai réfléchi à la question.  Je vais simplement dire aux journalistes lors d’un entretien privé que j’accorderai que je suis revenu en Australie pour y rejoindre ma fiancée Georgie, que je devais auparavant recevoir des soins d’urgence, raison pour laquelle j’ai passé quelques mois en Italie. La grossesse ne doit pas être cachée non plus. Georgie en est à son sixième mois, cela se voit, je ne veux pas qu’elle souffre. »

– « Mais, tu n’y penses pas, vous n’avez pas respecté les convenances, comment vas-tu justifier que Georgie est tombée enceinte, alors que vos fiançailles n’étaient pas officielles et que tu étais sensé être fiancé avec Elise ? »

– « J’y ai pensé. Je vais seulement raconter notre histoire telle qu’elle est. Je devais mourir, nous n’avions plus rien. Le duc nous traquait comme des bêtes sauvages. Alors, nous nous sommes aimés. Nous aurions été mariés, s’il n’y avait pas eu ce monstrueux scandale. »

– « Tu es courageux, Laurent. Votre histoire est magnifique, elle devrait toucher les gens. La noblesse et l’aristocratie s’y feront. Le plus important, c’est votre bonheur à tous les trois, et je me réjouis d’être arrière-grand-père. Laurent, je vous invite mardi pour partager le repas ensemble, nous pourrons parler de la soirée que j’ai prévu en ton honneur. La semaine prochaine, j’ai invité nos amis proches à fêter ton arrivée à Sydney et je pensais que ce serait l’occasion d’officialiser tes fiançailles et d’annoncer la date du mariage »

– « Oh, cela me touche, merci grand-père. C’est une initiative excellente. Je parlerai à Georgie pour voir ce qu’elle désire pour notre mariage. Je reviendrai dans trois jours seulement. J’ai réservé à Mengh pour recevoir des soins. »

Le grand-père serra Laurent dans ses bras avant de prendre congé. La journée était encore longue. Il était l’heure pour Laurent de chercher Georgie. Il avait acheté un bouquet de fleurs roses lorsqu’il se présenta au magasin de Barbara. Georgie le regarda avec émotion avant de se blottir dans ses bras. Les larmes coulaient sur le visage de nos deux amoureux, émus au plus profond de leur cœur. Ils s’étreignirent et s’embrassèrent, heureux de se retrouver. Barbara les interrompit.

– « Laurent, bienvenue à Sydney. Je suis si heureuse pour vous deux ! » 

Elle serra Georgie contre elle, en lui disant de ne pas s’inquiéter pour le travail. 

– « Maintenant que Laurent est là, je ne veux plus que tu travailles … tu vas penser à toi et au bébé. Si tu as envie, tu peux venir m’aider au magasin. Mais repose-toi. »

– « Tu es gentille Barbara, mais je peux encore coudre. « 

– « Georgie, dit Laurent, Barbara a raison, nous avons beaucoup de choses à penser. Il est temps pour toi de te reposer. Pense au bébé et oublie le travail. Ce n’est pas grave, tu reprendras après la naissance quand tu en auras envie. »

– « Merci, je suis très émue. » Georgie pleurait car on n’avait jamais pensé à elle de cette façon.

– « Il faudra t’habituer à être heureuse mon amour ! »

Barbara riait, elle était si heureuse pour Georgie, comme une mère l’est pour sa fille. Et Barbara laissa nos deux amoureux ensemble s’éclipsant dans l’arrière-boutique.

– « Georgie, j’ai une surprise pour toi. Tu peux préparer tes affaires pour trois jours car nous partons en amoureux. Le cocher nous attend d’ici une petite demi-heure »

Georgie était toute émue et laissa échapper un « Oh, Laurent, tu es un amour, je me réjouis de n’être qu’avec toi, tu m’as tellement manqué, si tu savais …. »

– « Ne pleure pas mon amour. Tes tourments sont terminés. Nous allons nous ressourcer ensemble incognito. Nous avons besoin de nous retrouver. Je me réjouis de ta compagnie. Je t’aime »

Et il la serra fort dans ses bras avant de la laisser préparer ses quelques affaires. Il annonça la nouvelle à Barbara, lui disant de ne pas s’inquiéter. Barbara se réjouissait pour sa protégée qu’elle savait heureuse.

EPISODE 5 : CORRESPONDANCES

Très chère Georgie,

Je viens de rendre visite à ton cher papa. J’étais rentré d’Italie et j’étais venu te rendre visite. Georgie, je n’ai jamais pu t’oublier. Penser à toi chaque jour, à ta joie, à ton rire, m’a permis de remonter lentement la pente de la maladie. Je ne veux plus vivre sans toi, chère Georgie. Je suis aujourd’hui un homme libre, et je voudrais te chérir et t’aimer chaque jour que Dieu me donnera.

Je te demande pardon pour le mal que je t’ai fait. Pardon, mon amour, d’avoir manqué de courage au début de notre relation, pardon d’être parti en Italie sans toi. 

Georgie, j’ai appris que tu attendais notre bébé. Je suis si triste, lorsque je pense aux souffrances que tu as vécues alors que je n’étais pas à tes côtés. Mais je suis si heureux de cette nouvelle, Dieu nous a donnés un enfant et la chance d’enfin nous aimer. 

 Ton courage, le don de toi sans compter m’a rendu la vie, non seulement physique mais a fait de moi un homme. J’ai décidé de m’engager à suivre une formation de médecin pour accompagner les plus faibles. Jour après jour, c’est le souvenir de ton image à mes côtés dans ma maladie qui me pousse à vivre, à aimer. Georgie, tu as pris mon cœur, tu as boulversé ma vie, tu m’as transformée. J’ai réalisé à quel point j’étais orgueilleux, prétentieux et égoïste. Depuis mon enfance, je n’ai manqué de rien, je ne m’étais jamais inquiété de rien. J’ai découvert à tes côtés l’humilité et la charité. J’ai appris ces principes au Collège pendant mes études mais ils n’étaient alors que théorie pour moi. A tes côtés, j’en ai saisi la beauté. Georgie, tu es amour. Tu m’as aimé, je suis captif de cet amour. Tu as tout donné pour moi. 

Si ton cœur est encore ouvert au mien, je serai le plus heureux des hommes.

Ton dévoué Laurent qui t’aime tendrement

Georgie était heureuse et pleurait. Elle relut cinq fois la lettre en réalisant qu’elle ne rêvait pas. Laurent l’aimait, il rêvait de ses bras chaque nuit. De son côté, elle se voyait chaque nuit avec lui au bord de la rivière de leur rencontre, au milieu des fleurs, chaque fois qu’elle voulait le serrer dans ses bras, il disparaissait. Ce rêve récurrent avait fatigué Georgie moralement. Maintenant, son Laurent allait venir et leur bébé allait avoir un père et grandir dans l’amour. Georgie pleurait de joie. Elle annonça la nouvelle à Barbara qui se réjouissait.  Laurent ne l’avait pas oubliée mais il l’aimait. Elle aurait tant voulu à cet instant pour le serrer dans ses bras. Elle s’empressa de regarder les étoiles. Il était en mer et lui aussi voyait le même ciel. C’était une connection divine, celle de l’amour.  

 Georgie était invitée quelques jours plus tard chez Arthur à une fête de famille. Depuis l’annonce de sa grossesse, son ventre s’était étiré ; elle avait libéré sa grossesse qu’elle s’autorisait à  montrer. Barbara lui prêta donc une robe large brodée pour camoufler ses formes. Georgie voulait en effet annoncer sa grossesse lors de la venue de son père. La journée fut agréable. Les garçons étaient étonnés de la sagesse de Georgie qui restait calmement à table …. Sans proposer des chamailleries. Mais personne ne soupçonnait une grossesse … Georgie était radieuse. Elle annonça aussi qu’elle était à, nouveau avec Laurent, et qu’ils allaient se retrouver à Sydney, ce qui réjouissait Abel, Becky et Arthur . Arthur se réjouissait de la prochaine venue de Maria et avait acheté une bague de fiançailles. Il avait demandé à Georgie de coudre afin que la décoration de la maison soit parfaite pour accueillir sa bien-aimée. L’oncle Kévin voyait le bonheur des trois jeunes gens et pensait secrètement à John et Mary dont il regrettait profondément l’absence. Du Ciel, ils avaient veillé sur Abel, Arthur et Georgie : ils avaient connu tant d’épreuves avant d’atteindre ce bonheur !

Georgie répondit sans tarder à la lettre qu’elle fit parvenir grâce à l’aide de Barbara par télégramme. Laurent, qui ne s’y attendait pas était fou de joie, Georgie répondait à son amour. 

Cher Laurent,

J’ai été boulversé par cette belle lettre. A tes côtés, j’étais une reine. Mon désarroi devant le travail, la fatigue se dissipait dès que je pensais te voir guéri.

Quand j’ai lu dans les journaux que tu avais été opéré et que l’opération s’était bien passée, j’étais heureuse. Lors de la soirée, j’avais envie que tu me serres dans tes bras d’amour et que tu ne relâches plus ton étreinte. Mais je pensais avant tout à Elise …

Laurent, je pensais ne plus jamais te revoir, que tu étais mariée avec Elise. Je me suis abandonnée à toi avant que le destin nous sépare.  Ces moments ont été les plus merveilleux de ma vie, ils ont comblé mon cœur.

Laurent, j’ai été très malade quelques mois après mon arrivée en Australie. Je me sentais déprimée, fatiguée, vidée, je ne comprenais pas. Le médecin m’a informé que j’attendais un bébé.  Je n’avais rien vu. Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais heureuse de savoir que notre amour demeurerait malgré la séparation dans ce petit être. J’ai été affreusement triste de ton absence. Mais je ne voulais rien dire pour ne pas m’immiscer dans ta vie et faire du mal.  Dieu a entendu mon chagrin et répondu à mes prières car tu m’as écrit. Laurent, je t’aime et t’aimerai toujours .  Cher Laurent, j’aime ta douceur, tes lèvres, ta voix, ton cœur, ta tendresse  …. Je t’aime

Georgie

EPISODE 4 : RETOUR A LONDRES

Laurent fit ses valises ; les médecins lui avaient prodigué les conseils. L’essentiel de la cure était passé et il était hors de danger. Laurent prit dès le lendemain le train pour Paris où il dormit dans un hôtel avant de rejoindre Cherbourg et le ferry pour Londres. Il arriva fatigué à Londres. Sa grand-mère ne s’attendait pas à son retour. Il lui expliqua ce qui s’était passé, elle compatit. Il se reposa quelques jours, craignant d’aggraver sa maladie. D’autant que la météo était pluvieuse et que depuis son retour d’Italie, il avait froid. Il réalisait qu’il ne pourrait plus vivre à Londres ; le climat l’insupportait ; c’était une vie trépidante avec des mondanités, mondanités qui l’avait rendu si malheureux ; La réalité, c’est que Laurent n’était plus le même depuis qu’il avait vécu avec Georgie. Ils étaient dans la misère mais son sourire ne l’avait jamais quitté. Son amour avait été fidèle jusqu’au sacrifice. Laurent était admiratif devant l’humilié, la douceur, la patience de Georgie. Il l’aimait tant et ils s’étaient donnés l’un à l’autre, c’était merveilleux. Il ne pourrait jamais en aimer une autre. Il avait envie à présent de consacrer sa vie aux plus faibles et avait projeté de se former pour devenir médecin. Il envisageait de se rendre à Sydney pour demander le soutien de son grand père et de s’installer en Australie, loin des cancans de l’aristocratie avec la femme qu’il aimait.

Quand il se sentit mieux, il se rendit chez le conte Girard. Hélas, il lui annonça que Georgie était retournée en Australie. Il avait appris la nouvelle de la rupture dans les journaux, il était choqué de voir présent Laurent, il avait deviné l’objet de sa visite. A son tour, il invita Laurent pour lui parler. Laurent était inquiet car le ton du Comte était solennel et vindicatif. Le jeune homme ne comprenait pas. Laurent, lui dit-il, Georgie n’est pas bien …. Elle vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Que dites-vous lui dit Laurent ? Georgie, enceinte ? Cela vous étonne-t-il ? Vous avez pourtant, il me semble vécu ensemble et vous avez vraisemblablement été intimes ? Laurent était très mal à l’aise. Il répondit alors calmement au Conte « Cher Comte, pardonnez-moi. J’allais mourir, Georgie et moi nous aimions. Nous n’avions alors que si peu. Nous avons donc eu des relations car notre mariage ne pouvait pas être célébré. Cher comte, je vous promets que si Georgie veut encore de moi, je la rendrai très heureuse. Vous pouvez me faire confiance. J’aime Georgie, elle a changé ma misérable existence.  Il alla réserver pour s’embarquer le lendemain dès la prochaine traversée. Il lui faudrait un mois pour être à Sydney. Il resterait enfermé dans sa cabine et demanderait à un médecin de l’accompagner. Le Comte le serra dans ses bras, en lui souhaitant bon voyage. Il était soulagé. Lui aussi assura Laurent qu’il partirait dès la semaine prochaine pour l’Australie comme cela était prévu. Les deux hommes se quittèrent dans la joie et l’émotion. Tous deux étaient soucieux du bien-être de Georgie. Laurent écrit alors à Georgie avant son départ. La lettre arriva à Georgie dès la semaine suivante.

EPISODE 3 : LE SEJOUR EN ITALIE DE LAURENT ET ELISE

En Italie, Laurent semblait guéri ; les thermes et le climat de ce beau pays avait fait son effet. Cependant, les médecins n’arrivaient pas à calmer ses angoisses. Il ne parvenait pas à se détendre et donc ce stress hypothéquait sa complète guérison. Un soir qu’il se promenait avec Elise, celle-ci se rapprocha de lui. Elle voulait ce soir-là être plus proche de Laurent. Durant sa maladie, elle n’osait pas l’étreindre. Il était si faible par moments qu’elle n’osait le toucher. Mais ce soir là, il semblait avoir recouvré des forces alors elle se serra contre lui. Laurent eut un mouvement de recul, qui blessa profondément Elise. Il s’était écarté de son étreinte. Elise s’était mise à pleurer ; c’est la première fois que Laurent voyait Elise pleurer. Elle avait toujours caché ses sentiments. Mais là, elle pleurait à chaudes larmes en lui disant « Je t’aime tellement Laurent ». Laurent s’arrêta, lui tendit un mouchoir pour sécher ses larmes et lui répondit « Elise, je suis désolé. Je n’arrive pas à être serein, je suis comme enfermé dans un rôle qui n’est pas le mien. Que veux-tu dire, Laurent ? Tu aimes toujours Georgie ? Oui, Elise, répondit Laurent. J’ai essayé de l’oublier mais je ne peux pas. A mesure que la date de notre mariage avance, je me sens de plus en plus défait Elise, je ne veux pas te rendre malheureuse mais je crois que je ne pourrai jamais te chérir comme tu le mérites. Mon cœur est resté captif de celui de Georgie. Je suis reconnaissante de ton amour mais malgré tous mes efforts, je ne peux pas, Elise. Je ne peux pas, je suis impuissant face à cela. Je voudrais rompre nos fiançailles, te rendre ta liberté pour que tu sois plus heureuse avec une personne qui t’aimera. Je te demande pardon Elise …. Laurent était boulversé et les larmes coulaient. Elise lui répondit tu as raison Laurent, c’est plus sage. Je dois l’accepter. Elle continuait à pleurer et demanda pardon à Laurent de ne pas avoir compris cette situation auparavant et du mal qu’elle avait commis à Londres en le forçant à l’épouser. Chère Elise, dit Laurent, nos chemins se séparent mais il reste 3 semaines de vacances en Italie, tu peux les passer ici. Je te laisse ma suite, je m’en vais demain ; Je ne veux pas te faire souffrir davantage. Et puis Clark est encore là durant ces 3 semaines, il pourra te faire visiter le pays. Tu sais, c’est un homme charmant, sérieux et je crois que tu ne le laisses pas indifférent…. Elise, je te souhaite d’être heureuse et je te remercie encore pour ta patience et tous tes bienfaits. Je n’oublierai jamais. Au revoir Laurent, et merci pour ta sincérité, merci d’avoir osé, bonne chance à toi et à Georgie, soyez heureux. Elle pleurait encore sur ces mots et regardé Laurent s’éloigner.

Elise était abasourdie ; elle écrivit à ses parents que ses fiançailles étaient rompues, qu’elle préférait rester en Italie trois semaines encore comme prévu pour éviter les rumeurs. Elle avait également besoin de repos moral car les quelques mois qui venaient de s’écouler avaient été éprouvants. Elle acceptait mal sa situation : qu’allait-elle devenir ? Elle prit la décision de profiter intensément de ses vacances ; il serait temps de décider de la suite des événements dans 3 semaines. En partant, Laurent avait été rendre visite à Clark pour l’informer de la situation. Il lui avait demandé de prendre soin d’Elise. Celui-ci avait été choqué de la décision de Laurent, mais n’était pas mécontent de passer du temps avec Elise dont il appréciait la compagnie. Le lendemain, lors du repas dans la salle de réception, Clark s’était joint à Elise, seule, triste mine. Il l’assura de son soutien dans l’épreuve et lui proposa pour le lendemain une excursion dans les monts de Monte Verdi pour évacuer ses tensions et essayer d’oublier la triste situation. Il lui avait partagé qu’il aimait venir sur les hauteurs pour regarder la vie d’en haut et relativiser sa réalité. Elise avait accepté cette invitation mais elle resta dans sa chambre la journée durant. Elle avait besoin de pleurer ; elle refusait de se laisser envahir par la colère. C’est vrai que dans cette histoire, Laurent n’avait plus jamais été le même depuis le baiser lors du concours de boomerang. Tout cela l’avait profondément blessé et elle se rendait compte que le mieux était de tourner la page rapidement. Elle n’était pas responsable de cette rupture ; elle avait toujours tout fait dans l’intérêt de Laurent. Aujourd’hui, elle avait envie de penser à elle et d’être aimée un jour par un homme qui saurait l’apprécier avec ses qualités et ses défauts. Aussi se prépara-t-elle pour rejoindre Clark le lendemain ; Celui-ci était surpris de la force de caractère d’Elise qui semblait repartie dans l’enthousiasme. Elise aimait donner à ses amis le meilleur d’elle-même, être agréable. Clark était ravi ; il se sentait bien avec Elise. Ils passèrent une agréable journée sous le soleil de l’Italie. Clark l’invita le surlendemain assister à des concerts baroques. Il avait découvert avec enchantement la passion d’Elise pour la musique qu’il chérissait et se faisait une joie d’être en agréable compagnie pour déguster ces moments. Ils passèrent de longues heures à parler du concert, d’harmonies. Durant ces trois semaines, Elise et Clark s’étaient rapprochés. Clark, en songeant au départ se rendit compte qu’Elise allait lui manquer. Il s’était habitué à sa présence et ressentait des sentiments profonds pour elle. Depuis la mort de son épouse, il ne s’était jamais senti aussi bien. Il avait envie de la revoir et plus il songeait à elle, plus il était troublé. Elle était belle, d’une vive intelligente, elle avait de la prestance …. Elle serait pour lui une épouse formidable. Elise, de son côté était triste de partir et ressentait une nostalgie l’envahir. Elle se sentait dans un cocon et l’idée de le quitter lui faisait peur. Clark était différent de Laurent ; il s’intéressait à elle, à ses pensées profondes. Il était simple, spontané, affectueux. Pour leur dernière soirée, Clark avait invité Elise au restaurant. Celle-ci avait envie de lui plaire car elle se sentait irrésistiblement attirée. Clark, de son côté avait décidé de demander à Elise d’être sa femme. Il ne pourrait pas repartir et reprendre sa vie d’antan. Le repas se passa dans le calme ; Clark et Elise étaient tous deux intimidés. Clark invita Elise à danser et il la serra contre lui. Elise se serra à son tour contre lui en posant sa tête sur son épaule. Leurs lèvres se rencontrèrent ; ils échangèrent un long baiser. Un amour était né ; puis Clark la prit par la main pour la raccompagner à la fin du repas. Ils se promenèrent un moment au clair de lune main dans la main. Clark, s’agenouilla et demanda sa main à Elise qui lui répondit oui avec émotion ; Clark accompagna Elise à Londres chez ses parents. Avant de retourner en Ecosse, il voulait la demander en mariage à son père. Celui-ci fut très surpris mais accepta la nouvelle avec joie. Il était si heureux que sa fille reste dans la noblesse ! et Clark, paraissait si chaleureux comparé à la froideur affichée de Laurent !  Clark présenta Elise à la famille à Edimbourg trois semaines plus tard ; les parents de Clark, d’abord réticents du fait de la réputation de la famille d’Elise furent rassurés en faisant connaissance de la jeune fille et donnèrent leur bénédiction au mariage qui serait célébré six mois plus tard.

EPISODE 2 : UNE NOUVELLE INATTENDUE POUR GEORGIE

Trois mois étaient passés depuis le retour de Georgie en Australie. Paul venait d’avoir 22 ans et avait invité Georgie et Barbara à sa fête d’anniversaire.  Georgie l’avait conquise par sa beauté et sa générosité, son enthousiasme omniprésent embellissant toutes choses ; il voulait ce soir-là demander sa main.  A 22 ans, il voulait construire sa vie et lui qui adorait les enfants souhaitait fonder une famille. Il voulait également présenter Georgie à son père et à sa mère. Georgie, de son côté avait oublié son rêve d’enfance de se marier. Elle ne pensait qu’à son travail, qu’à ses progrès en français et en littérature. Elle était rescapée d’une aventure londonienne qui l’avait profondément éprouvée. Elle avait accepté l’invitation de Paul à contrecoeur car elle redoutait les soirées mondaines. Elle restait traumatisée par la fameuse soirée où elle avait dû quitter au bras de Laurent le bal des débutantes. Ses souvenirs lui étaient revenus et elle ne se sentait pas à son aise, la tête lui tournait. Barbara, ne comprenant pas ce qui se passait ne la quittait pas. Elle fut soulagée lorsque Paul l’invita à danser. Georgie se sentait grisée, heureuse, se laissant emporter par la musique. Paul l’invita alors boire un cocktail sur la terrasse. La regardant tendrement, il l’embrassa. Georgie éclata alors en sanglots, déroutant complètement Paul. « Je vous demande pardon, Georgie, je pensais que mes sentiments étaient réciproques. Je suis très attachée à vous, je ne veux pas vous faire du mal. Dites- moi, je vous en prie, pourquoi vous pleurez. Je ferai tout ce que je pourrai pour vous consoler et ôter votre chagrin. » Georgie était touchée par les paroles de Paul mais se mit à pleurer de plus belle, réalisant qu’elle n’était pas avec Laurent. Les souvenirs douloureux de son amour impossible avec Laurent la hantaient. Leur relation avait laissé une empreinte douloureuse en elle.  Elle s’était abandonnée à son amour, ne réalisant pas à ce moment-là que son cœur était prisonnier de celui de Laurent. Elle avait donné son énergie, sa santé pour lui et elle s’était sacrifiée. Maintenant, elle réalisait qu’elle faisait du mal à Paul qui était si gentil et patient à son égard et elle ne pouvait pas contrôler sa réaction. Elle répondit à Paul : « excusez- moi, Paul. Ce n’est pas de votre faute. Je suis désolée. » Elle ne cessait de sangloter. Puis elle demanda à Paul de rentrer ; elle lui dit qu’elle avait besoin de repos. Paul avait été trouvé Barbara pour lui demander de raccompagner Georgie qui se sentait mal. Il lui promit de venir la visiter le lendemain et de prendre de ses nouvelles. Barbara inquiète rentra avec Georgie ; les deux femmes n’échangèrent pas un mot. En fait, Georgie était très pâle et était proche du malaise. Elle souffrait d’atroces migraines si bien qu’elle s’allongea et s’endormit bien vite. Le lendemain matin, Barbara appela le médecin afin qu’il examine Georgie. Quand le médecin lui annonça qu’elle était enceinte de 5 mois, elle sursauta et laissa échapper un « Mon Dieu ». Georgie mettait cela sur le compte de la fatigue mais au fond d’elle ….  Elle sentait que son corps se transformait. Quand le médecin lui annonça qu’elle était enceinte, elle comprit qu’elle le savait déjà au fond d’elle-même, mais qu’elle l’avait nié. Le bébé de LAURENT …. Elle s’était donnée à lui avant la douloureuse séparation. Elle n’avait jamais connu si grand bonheur de sa vie ; cette nuit-là, la maladie avait semblé disparaître. Elle avait vu Laurent radieux, heureux de tout le bonheur qu’ils avaient partagé. La rupture avait été déchirante  … et son cœur était resté déchiré. Elle était heureuse de ce cadeau de la vie,  de l’homme qu’elle aimait mais lui, n’était plus à ses côtés. Elle avait refusé d’être avec lui au bal pour ne pas faire de peine à Elise. Elle pleurait à chaudes larmes …. C’était elle la malheureuse Et qu’allait penser son père , et Barbara,  si bonne avec elle ? Elle s’était gardée de parler de Laurent mais elle allait être obligée de dire la vérité. Ses frères …. Ils allaient être choqués ; De plus, la cicatrice de la douleur s’était brusquement réouverte et piquait. 

Barbara, apprenant la nouvelle, comprenant que la jeune fille avait un secret s’approcha de Georgie qui était en larmes et la prit dans ses bras : « je t’aime, je ne t’abandonnerai pas. Tu peux tout me dire maintenant. Ne pleure plus. » Georgie lui raconta alors son histoire d’amour avec Laurent. Barbara était stupéfaite ; le capitaine Grey était un ami de longue date, elle connaissait aussi Laurent qu’elle avait rencontré à plusieurs reprises. Et elle fut très émue de l’histoire de Georgie, d’autant plus que le Capitaine Grey était un homme de bien, fidèle soutien des œuvres de charité dont Barbara s’occupait.  Tu ne vas rien dire à Laurent, lui demanda Barbara. Il n’est peut- être pas trop tard, peut -être qu’il n’est pas marié …. A ces mots, Georgie fondit en larmes : je ne veux pas m’immiscer dans sa vie et faire du mal à Elise  . C’est elle qui a financé l’opération qui a sauvé la vie de Laurent .. Oh, Barbara, je suis perdue, je ne sais pas quoi faire ….. D’autant plus que la grossesse commencerait bientôt à se voir, alors Georgie voulait se cacher. Barbara lui promit de prendre soin d’elle et d’être toujours là ; Elle proposa à Georgie d’envoyer un télégramme à son père pour qu’il avance sa venue.

Paul vint dans l’après- midi prendre des nouvelles de Georgie. Celle-ci lui annonça sa grossesse ; Paul était consterné. Elle lui raconta alors son amour impossible pour Laurent, qu’ils pensaient ne jamais se quitter, que seule la mort pouvait les séparer. Elle lui expliqua qu’il était parti avec Elise lors de cette dernière soirée. La réaction de Paul fut étonnante pour Georgie ; elle s’attendait à ce qu’il parte la laissant seule et méprisant. Au contraire, il s’approcha d’elle, lui prit la main et lui dit : Georgie, cet homme ne t’aimait pas vraiment sinon, il ne serai jamais parti au bras d’une autre. Georgie, tu devrais oublier cet homme car il ne t’a apporté que de la souffrance. Georgie, je t’aime de tout mon cœur, je suis prêt à accepter ce bébé comme le mien. Veux-tu m’épouser, Georgie ? « Cette fois, Georgie ne savait que répondre. Paul était si doux, si tendre, lui ne faisait pas que des promesses, il agissait. Pourtant quand Paul s’agenouilla devant elle pour la demander en mariage, elle se rappela de Laurent, au bord de l’eau, de ce jour où il lui avait dit qu’elle était la femme qui lui était destinée. Elle ne savait que répondre, elle resta silencieuse un long moment. Puis elle lui répondit « Paul, tout est si limpide avec toi, tu es si tendre et si sincère. Mais Paul, je ne sais plus où j’en suis. J’ai besoin de réfléchir. Paul avant de partir lui dit : « Georgie, je ferai n’importe quoi pour te combler de bonheur et je te le promets : je ne lâcherai jamais ta main. Je serai présent dans tous les moments de ta vie ». Il l’embrassa sur le front et quitta la pièce en lui disant qu’il serait patient mais qu’elle pouvait compter sur lui en cas de besoin. Cette parole avait profondément touché Georgie. Oui, c’était  vrai, elle en voulait à Laurent pour son manque de courage au début de leur relation, sa lâcheté par moments. Elle se rappelait comme il se plaignait au début de leur vie commune à Swanhill.  Fatiguée par tant d’émotions, elle finit par s’endormir. 

EPISODE 1 – GEORGIE DE RETOUR EN AUSTRALIE

Avertissement : Les personnnages de cette histoire qui se veut une suite du dessin animé « Georgie » ne m’appartiennent pas. Ils sont la propriété exclusive de l’auteur du manga Mann Izawa. Bonne lecture, Nathalie.

De retour en Australie, Georgie s’était installée chez l’oncle Kévin pour lui rendre service. Il avait vieilli pendant son absence et il était heureux du retour de la jeune fille. Georgie n’oubliait pas tous les bienfaits du bon oncle Kévin, aussi avait-elle décidé de s’installer chez lui pour lui tenir compagnie. De son côté, Abel avait repris un travail d’armateur au port de Sydney. Il habitait à Sydney et avait retrouvé Betty sur le bateau de retour en Australie ; ils ne s’étaient plus quittés. Ils avaient des projets ensemble. Arthur s’affairait à remettre en état la ferme de ses parents et à effectuer des réparations chez l’oncle Kévin. Il correspondait avec Maria qui était devenue la protégée du comte Girard. Il veillait sur la fille de celui qui avait voulu ruiner sa vie, le tuer. Maria était pourtant si douce ; elle était innocente, entière et sincère. C’était une consolation pour le comte qui n’était pas seul. Il pourvoyait à ses études jusqu’à sa majorité. Maria apprenait les langues étrangères. Elle était une élève sérieuse, enthousiaste, discrète. 

Georgie, de retour en Australie était allée rencontrer son amie Barbara. Elle l’avait invitée à partager un thé  et les deux femmes avaient rapidement retrouvé leur complicité. Quand Barbara apprit que Georgie voulait toujours être couturière, elle lui proposa de devenir son assistante. C’est ainsi que Georgie emménagea dans la demeure de Barbara à Sydney pour être au plus près le temps de sa formation. Barbara prenait de l’âge et s’inquiétait de laisser son affaire ; elle était ravie de retrouver Georgie.

Georgie rencontra le fournisseur de tissu, Paul Winfield avec lequel travaillait Barbara. Il était le fils du duc de Winfield et était à la tête d’une entreprise d’import export spécialisé dans les tissus précieux. Georgie était comme une enfant quand elle découvrit le hangar dans lequel les tissus étaient exposés. Elle n’avait jamais vu autant de magnifiques étoffes de sa vie ! Cette réaction n’échappa point à Paul, qui en avait été amusé. Ainsi, leur rencontre s’était passée dans la bonne humeur et ils avaient beaucoup ri. Barbara s’aperçut que Georgie avait un goût très sûr en matière d’harmonie des couleurs ; elle avait toujours des idées originales qui rendait les pièces uniques. Alors, elle se rendait fréquemment seule à l’entrepôt pour choisir les étoffes. Elle était toujours accueillie avec enthousiasme par Paul. Peu à peu, ils devinrent amis. Ils commencèrent à se voir en dehors du contexte professionnel. Georgie était ravie de cette amitié ; elle se sentait bien en compagnie de Paul qui savait la faire rire. Avec lui, elle avait découvert le théâtre et commençait à s’intéresser à la littérature. Barbara sachant que Georgie n’avait reçu que peu d’instruction souhaitait que sa protégée puisse bénéficier de cours. Aussi avait-elle inscrit Georgie à des cours qui abordaient aussi bien la grammaire, l’orthographe, que la littérature et la musique. Georgie apprenait aussi le français car Barbara avait des clients français qui appréciait grandement que l’on parle leur langue. Georgie s’avérait être une très bonne élève ; elle aimait apprendre et chaque nouvelle chose était pour elle un émerveillement.

Peu à peu, Paul et Georgie s’étaient rapprochés. Paul qui ne concevait pas de mêler vie professionnelle et vie privée. Il était pourtant tombé sous le charme de Georgie. Georgie avait ouvert son cœur en partageant ses souvenirs d’enfance et ses retrouvailles avec son père. Elle lui avait partagé ses douleurs  en apprenant que Mme Baker n’était pas sa mère, son odyssée sur le  bateau l’emmenant à Londres et les péripéties vécues par son frère Arthur. Paul avait été très ému de son histoire et de tout ce qu’elle avait enduré. Elle s’était gardée de parler de Laurent. En fait, elle n’en parlait jamais et ne souhaitait plus y penser. Elle voulait reléguer tous ces événements dans le passé et se reconstruire. Elle travaillait beaucoup, elle mettait tout son cœur à l’étude. Ses pensées étaient effectivement orientées sur le travail. Elle avait trouvé son équilibre avec Barbara qui se comportait avec elle comme la mère qu’elle n’avait jamais eue. Les deux femmes étaient devenues inséparables. Georgie, cependant n’avait pas parlé à Barbara de sa relation avec Laurent. Elle avait honte au fond d’elle-même de s’être enfui avec lui et ensuite de l’avoir abandonné devant le domicile des Dangering. Et puis, Laurent était probablement marié avec Elise et elle ne se sentait plus le droit d’évoquer ce qu’ils avaient vécus, d’autant plus que leur relation avait débuté alors que Laurent était fiancé avec Elise.  

Paul commençait à ressentir des sentiments profonds pour Georgie ; il savourait chaque moment passé avec elle et leur complicité ne faisait que grandir. Ce qui ne laissa pas Barbara indifférente. Un jour, elle lui dit en souriant : « Georgie, Paul et toi formez un très beau couple ; vous avez l’air de bien vous entendre. » Elle fut stupéfaite de la réaction virulente de Georgie « mais Paul et moi sommes amis, nous travaillons ensemble. ». Elle s’excusa, demandant à Georgie si tout allait bien. Elle avait en effet remarqué les sautes d’humeur fréquentes de Georgie qui ne lui ressemblaient en rien et cela l’inquiétait. 

LE JOURNAL DE MISS ELIZE DANGERING – CHAPITRE 3

le 15 Octobre 185…
Grande cérémonie aujourd’hui car c’était inauguration de la ligne du chemin de fer :Sydney-Bathurst.Je ne suis pas prête de l’oublier,c’est la première fois que j’ai des contacts avec les natifs,les australiens de pure souche et le moindre que je puisse dire c’est qu’ils manquent vraiment d’éducation!
Ce matin ,nous sommes allés faire des photos officielles en ville.J’ai demandé à Lowell de poser seul avec moi pour avoir plus tard des photographies à montrer à nos familles.Nous en avions déjà prises pour nos fianciailles, j’en voulais d’autres plus exotiques…
Vers 11 heures,nous sommes arrivés à la gare qui est encore en construction.Une foule s’y pressait,la majorité des gens ici n’ayant jamais vu de train!Le gouverneur a prononcé un discours dont le début m’a échappé car j’étais aux prises avec mon ombrelle qui ne voulait pas s’ouvrir. !Alors que l’honneur de couper le ruban de la ligne revenait à mon cher fiancé et moi, une voix aigüe a lancé :
« hé toi,le l’aristo blond là-bas,tourne-toi donc! »
Mon Dieu,c’est à Lowell qu’elle s’adressait ainsi! (Je dis « elle « car il s’agissait d’une jeune écervelée juchée en hauteur) Comme elle continuait à crier et se donner en spectacle, les gens commençaient à s’écarter.L’impudente n’a pas attendu bien longtemps avant de détaller.
Lowell,c’est étrange,avait l’air plus amusé qu’offensé de ce scandale.
« ce doit être la curiosité ,a-t-il conclu,les gens d’ici sont directs!
La politesse semble loin de leurs préoccupations en effet…Après cet incident, nous avons pris place dans l’un des wagons,le grand-père de Lowell ne voyagerait pas avec nous, il devait s’entretenir avec les techniciens et responsables de la ligne qui,selon certains bruits, a couté une vraie fortune (pourquoi n’ont-ils donc pas utilisé des forçats? Le pays en regorge..Un mystère). En tout cas,rien à redire coté confort,j’ai déjà pris le train en Angleterre pour aller à Bath et je pense que celui -ci était encore mieux:larges fauteuils,fenêtres coulissantes qui par cette chaleur permettent un agréable courant d’air sans recevoir d’escarbilles.La locomotive a soufflé des jets de vapeur et s’est ébranlée.Nous avons quitté bientôt les faubourgs de Sydney pour la campagne. Précision :pour une prairie d’herbe sèche sans fin, ou bondissaient des kangourous. Deux cents kilomètres nous séparaient de notre destination,aussi la collation qui nous a été proposée a été accueillie avec joie. Soudain, à la hauteur de la vitre,la figure de la jeune fille de la gare est apparue.Elle montait un cheval lancé en plein galop. Un jeune homme brun, très sûr de lui,la retenait d’une main par la taille tout en poussant sa monture de l’autre. Quelle adresse! je dois avouer qu’ils étaient magnifiques dans leur genre.La jeune fille nous a offert ou,plutôt elle a lancé un bouquet de fleurs à Lowell en criant:
« pour votre fiancée!Pardonnez-moi pour tout à l’heure. Mille vœux de bonheur! »
Ces Australiens réservent de drôles de surprises.
Les Montagnes Bleues sont apparues à l’horizon,elles portent bien leur nom:elles se confondent dans une brume avec l’azur du ciel.Cela serait dû à l’évaporation de l’eau des feuilles d’eucalyptus…C’est poétique. Bathurst, notre destination l’est nettement moins.

Bathurst n’a rien d’une jolie ville. Il y a peu de maisons en pierre à part les édifices principaux. Pour le reste c’est un ramassi de baraquements en bois, plantés dans une poussière qui vole partout et des nuages d’insectes. Il y a un nombre incroyable d’auberges avec des filles à moitié vêtues qui se pavanent devant en plein jour. C’est révoltant! Il y a cinq ans on a découvert ici de l’or ,ce qui a attiré bon nombre de colons et de prospecteurs ainsi que de la canaille à en juger certaines figures patibulaires qui nous dévisageaient pendant que le gouverneur inaugurait une banque(la quatrième de la ville,il y en aura bientôt plus que de magasins!)
La plus grosse pépite trouvée pesait environ six livres, mais tout le monde ne peut devenir millionnaire, la fièvre de l’or se calme et on cherche à présent des opales.On m’en a offert une, blanche comme la lune et aux reflets irisés.Je vais la faire monter en bague ou en pendentif, je ne sais pas trop…
Nous avons diné chez le maire qui semblait un peu dépassé par notre venue.Sa femme aussi d’ailleurs car le service à table était déplorable.Mais dans un endroit reculé comme ici, comment trouver une bonne cuisinière? Sans compter que la plupart des boutiques sont tenues par des Chinois! Mon Dieu ,quel pays! A peine civilisé. Je serai curieuse de visiter une école, s’il en existe!