le 15 Octobre 185…
Grande cérémonie aujourd’hui car c’était inauguration de la ligne du chemin de fer :Sydney-Bathurst.Je ne suis pas prête de l’oublier,c’est la première fois que j’ai des contacts avec les natifs,les australiens de pure souche et le moindre que je puisse dire c’est qu’ils manquent vraiment d’éducation!
Ce matin ,nous sommes allés faire des photos officielles en ville.J’ai demandé à Lowell de poser seul avec moi pour avoir plus tard des photographies à montrer à nos familles.Nous en avions déjà prises pour nos fianciailles, j’en voulais d’autres plus exotiques…
Vers 11 heures,nous sommes arrivés à la gare qui est encore en construction.Une foule s’y pressait,la majorité des gens ici n’ayant jamais vu de train!Le gouverneur a prononcé un discours dont le début m’a échappé car j’étais aux prises avec mon ombrelle qui ne voulait pas s’ouvrir. !Alors que l’honneur de couper le ruban de la ligne revenait à mon cher fiancé et moi, une voix aigüe a lancé :
« hé toi,le l’aristo blond là-bas,tourne-toi donc! »
Mon Dieu,c’est à Lowell qu’elle s’adressait ainsi! (Je dis « elle « car il s’agissait d’une jeune écervelée juchée en hauteur) Comme elle continuait à crier et se donner en spectacle, les gens commençaient à s’écarter.L’impudente n’a pas attendu bien longtemps avant de détaller.
Lowell,c’est étrange,avait l’air plus amusé qu’offensé de ce scandale.
« ce doit être la curiosité ,a-t-il conclu,les gens d’ici sont directs!
La politesse semble loin de leurs préoccupations en effet…Après cet incident, nous avons pris place dans l’un des wagons,le grand-père de Lowell ne voyagerait pas avec nous, il devait s’entretenir avec les techniciens et responsables de la ligne qui,selon certains bruits, a couté une vraie fortune (pourquoi n’ont-ils donc pas utilisé des forçats? Le pays en regorge..Un mystère). En tout cas,rien à redire coté confort,j’ai déjà pris le train en Angleterre pour aller à Bath et je pense que celui -ci était encore mieux:larges fauteuils,fenêtres coulissantes qui par cette chaleur permettent un agréable courant d’air sans recevoir d’escarbilles.La locomotive a soufflé des jets de vapeur et s’est ébranlée.Nous avons quitté bientôt les faubourgs de Sydney pour la campagne. Précision :pour une prairie d’herbe sèche sans fin, ou bondissaient des kangourous. Deux cents kilomètres nous séparaient de notre destination,aussi la collation qui nous a été proposée a été accueillie avec joie. Soudain, à la hauteur de la vitre,la figure de la jeune fille de la gare est apparue.Elle montait un cheval lancé en plein galop. Un jeune homme brun, très sûr de lui,la retenait d’une main par la taille tout en poussant sa monture de l’autre. Quelle adresse! je dois avouer qu’ils étaient magnifiques dans leur genre.La jeune fille nous a offert ou,plutôt elle a lancé un bouquet de fleurs à Lowell en criant:
« pour votre fiancée!Pardonnez-moi pour tout à l’heure. Mille vœux de bonheur! »
Ces Australiens réservent de drôles de surprises.
Les Montagnes Bleues sont apparues à l’horizon,elles portent bien leur nom:elles se confondent dans une brume avec l’azur du ciel.Cela serait dû à l’évaporation de l’eau des feuilles d’eucalyptus…C’est poétique. Bathurst, notre destination l’est nettement moins.
Bathurst n’a rien d’une jolie ville. Il y a peu de maisons en pierre à part les édifices principaux. Pour le reste c’est un ramassi de baraquements en bois, plantés dans une poussière qui vole partout et des nuages d’insectes. Il y a un nombre incroyable d’auberges avec des filles à moitié vêtues qui se pavanent devant en plein jour. C’est révoltant! Il y a cinq ans on a découvert ici de l’or ,ce qui a attiré bon nombre de colons et de prospecteurs ainsi que de la canaille à en juger certaines figures patibulaires qui nous dévisageaient pendant que le gouverneur inaugurait une banque(la quatrième de la ville,il y en aura bientôt plus que de magasins!)
La plus grosse pépite trouvée pesait environ six livres, mais tout le monde ne peut devenir millionnaire, la fièvre de l’or se calme et on cherche à présent des opales.On m’en a offert une, blanche comme la lune et aux reflets irisés.Je vais la faire monter en bague ou en pendentif, je ne sais pas trop…
Nous avons diné chez le maire qui semblait un peu dépassé par notre venue.Sa femme aussi d’ailleurs car le service à table était déplorable.Mais dans un endroit reculé comme ici, comment trouver une bonne cuisinière? Sans compter que la plupart des boutiques sont tenues par des Chinois! Mon Dieu ,quel pays! A peine civilisé. Je serai curieuse de visiter une école, s’il en existe!