Chapitre 9 – Confidences

Le petit Abel grandissait. Il venait de fêter ses quatre ans.  C’était un petit blond aux cheveux bouclés avec de grands yeux bleus. Il aimait déjà la musique ; son grand-père faisait venir un professeur de piano du Conservatoire chaque semaine. Pour le professeur, l’enfant était doué. Cela plaisait beaucoup au Comte, qui malgré ses désirs de jouer avait toujours été médiocre en la matière. Un jour, il osa enfin aborder le sujet qui le tracassait depuis que Georgie était revenue d’Australie. 

-« Ma chérie, je voudrais te parler de choses très personnelles. Je me le permets aujourd’hui car il me semble que nous avons un rapport de confiance. »

Ces mots sonnèrent violemment dans la tête de Georgie. Elle redoutait la question qui allait venir, en connaissant déjà la teneur.

-« Oui, père, je vous écoute. »

-« Georgie, le petit Abel  Junior ne ressemble en rien à notre cher Abel, aujourd’hui disparu. J’ai du mal à le dire mais il ressemble beaucoup à Laurent. C’est frappant, le même visage. »

– Georgie avait les larmes qui coulaient sur ses joues. 

-« Père, vous avez vu juste ; je n’ai pas eu de relations intimes avec Abel ; nous voulions attendre la nuit de noces. Quand Abel et moi avons décidé d’être ensemble, je ne savais pas que j’étais enceinte, je ne ressentais rien. J’aurais tant voulu que cet enfant soit celui d’Abel. Alors, j’ai gardé le secret en espérant que personne ne découvre jamais la vérité. Je suis blonde aussi, Abel avait les yeux bleus. Je ne pensais pas que quelqu’un pourrait se rendre compte de quelque chose. Laurent et moi avons eu des relations pendant notre fuite, peu avant que je ne le rende à Elise. Il était malade, il allait mourir, je n’ai jamais imaginé une seule seconde que je pourrai être enceinte. »

-« Que vas-tu faire ? »

-« Je vais continuer à vivre en chérissant mon enfant. Son père de cœur est Abel. Laurent est marié à Elise, nous n’avons plus rien à faire ensemble. C’est ainsi. »

Le Comte prit sa fille dans ses bras lui assurant qu’il ne la jugeait pas. Il comprenait la situation. Elle était très courageuse ; elle avait choisi la bonne solution. 

Mais son père était inquiet pour son avenir.

-« Georgie, tu as 22 ans dans quelques semaines. Tu as le droit au bonheur. Abel ne reviendra plus même s’il sera toujours dans ton cœur. Tu devrais penser à Abel Junior, il a besoin d’un papa. Et toi, tu es merveilleuse ; tu mérites d’être heureuse, de te marier. Le passé est derrière toi, mais l’avenir s’ouvre à toi. « 

– « Père, je te remercie mais je ne me sens pas prête à vivre une relation amoureuse. J’ai l’impression de porter malheur aux hommes que j’approche. »

-« Ce sont des idées fausses, ma chérie. La vie a été dure avec toi ; elle l’a été avec moi aussi. J’ai perdu Sophia et je ne t’ai pas vu grandir. Pour autant, j’ai choisi d’être heureux aujourd’hui. J’aimerais tellement ton bonheur, ma chérie. C’est pourquoi, je voudrais te présenter Tristan. C’est le fils du Comte Ramazi et l’inviter à la réception de ton anniversaire. »

-« Mais papa, tu ne comprends pas. Je me sens incapable d’aimer à nouveau. J’ai reporté tout mon amour sur le petit Abel. »

-« Réfléchis, ma chérie. Les années passent vite, ne te renferme pas sur toi-même. Le comte Ramazi Jr est un homme doux, d’une grande gentillesse. Il a 30 ans, c’est un grand travailleur, comme toi et amateur de théâtre. Je pense que vous pourriez bien vous entendre. »

-« Je te remercie papa pour toute tes bonnes intentions. J’accepte de le rencontrer pour te faire plaisir. »

-« Tu ne le regretteras pas. »

La discussion fut interrompue par le petit Abel qui venait se jeter au cou de sa maman. 

Georgie fit la connaissance de Tristan, il était charmant, de grands yeux noirs, des cheveux bruns. Il avait été touché par la beauté de Georgie. Comme elle, il aimait le théâtre et c’est ce qui les rapprocha. Ils sortaient ensemble fréquemment, dinaient au restaurant. Ils s’entendaient bien. Les journaux ne tardèrent pas à faire miroiter que la Comtesse et le fils du Comte Ramazi se fréquentaient. Effectivement, le Comte était très épris de Georgie. Il connaissait son histoire et ne voulait pas la forcer. Il attendait qu’elle se sente prête. Le petit Abel était très mignon et il était disposé à l’adopter. 

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