Chapitre 2 – douleur

La ville de Londres s’éveillait lentement, Lowell était alité depuis une semaine, son état de santé avait empiré. Il savait qu’il ne passerait pas la fin du mois… depuis sa séparation avec Georgie, il en venait à espérer secrètement sa fin, il faisait tout pour empêcher quiconque et surtout Elise de venir lui rendre visite. Ses parents avaient été avertis de son retour et ils n’avaient aucunement manifesté l’envie de le voir… sauf sa grand-mère qui faisait tout pour bien préparer son éventuel retour chez lui. Seulement Elise veillait au grain ! Elle échangeait de longues lettres avec la vieille dame et savait se faire très persuasive. Lowell était tellement absorbé dans ses pensées, qu’il entendit à peine la porte s’ouvrir et se refermer assez discrètement, Elise se tenait dos à la porte, elle portrait une ravissante robe beige, elle s’avança et se mit à tourner sur elle-même, la jeune fille eut un petit rire amusé.

« Êtes-vous surpris de me voir Lowell ? Comment trouvez-vous ma robe ? » Elise s’assis sur le rebord du lit, regarda son fiancé avec un de ces regards les plus tendres.

– Très belle, Elise… lui dit indifféremment celui-ci.

– Elle vient de la boutique de Madame Willium, elle est en fine dentelle française, une véritable merveille. La jeune fille regarda son fiancé de plus près, elle s’inquiéta en voyant que sa peau était presque transparente. “ Lowell je… “, celui-ci lui coupa la parole.

– Elise, voulez-vous avoir l’amabilité de vous retirer, j’aimerais me reposer. Elle lui obéit a contre-coeur, se levant du lit et lui dit :

– Très bien… mais comptez sur moi pour faire venir un médecin dès aujourd’hui pour vous consulter ! Elle s’apprêtait à partir quand Lowell, la retint en lui attrapant le bras.

– Elise ! Ne faites… il ne put pas terminer sa phrase, une horrible quinte de toux s’empara de lui, Elise se pencha pour le soutenir, elle remarqua des taches sombres, rouges sur le drap, du sang…

– Mon Dieu Lowell ! A l’aide ! Cria-t-elle.

Ses parents et quelques serviteurs accoururent dans la chambre, en entendant l’appel de la jeune fille, ils trouvèrent Lowell allongé sur le lit plus pale que la mort, la chemise poissée de sang, Elise accroupie sur le sol en larmes, “ appelez un médecin, je vous en prie… “ répétez-t-elle.

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Le docteur était enfermé dans la chambre depuis une demi-heure avec Lowell, Elise était au bord de la crise nerf ! elle arpentait de long en large le couloir qui séparait sa chambre de celle de Lowell comme un lion en cage, elle n’en pouvait plus d’attendre le verdict du docteur. Sa mère vint la chercher :

« Elise, venez avec nous dans le grand salon, il est inutile que vous restiez à attendre là, nous sommes aussi inquiets que vous pour ce pauvre Lowell ! Je vous en prie venez… »

La jeune fille fit un effort magistral pour suivre sa mère et retrouver son père dans le salon. Violette montra du doigt le confortable canapé en bois blanc à sa fille, elle y prit place et commença à piétiner d’impatience.

– J’ai un cadeau pour vous mon ange ! Violette sortit d’un secrétaire une petite boîte et la tendit à Elise.

– Mère… Je n’ai vraiment pas envie d’accepter votre présent maintenant !

– Vous n’avez pas le droit de refuser petite fille !

Elise fit légèrement la moue, elle détestait quand sa mère la prenait pour une enfant, elle allait avoir quinze-ans dans deux mois, c’était une jeune fille en âge de se marier et de fonder sa propre famille. Elle prit la boîte des mains de sa mère et l’ouvrit, elle en sortit un face-à-main en bronze. Elise regarda un instant son reflet dans le miroir, elle avait les traits tirés. Le docteur fit son apparition à cet instant, il se tint droit devant Elise et ses parents avec un air grave…

« Comte Dangering, l’état de monsieur Gray me dépasse… C’est très grave… Il faut qu’il rentre dans un hôpital au plus vite ! il ne faut pas attendre, sa vie en dépend…

Elise lâcha l’objet précieux qui fit un bruit sourd en tombant au sol , “ Non… “ , elle porta ses mains sur sa bouche. Charles se leva de son fauteuil et s’approcha du docteur.

– De quoi souffre-t-il ?

– Monsieur Gray souffre de la tuberculose, il faut le faire entrer dans une des meilleures cliniques de Londres où des spécialistes pourront s’occuper de lui.

– Je vous remercie docteur, je vais prendre les dispositions nécessaires.

Charles accompagna le médecin jusqu’à la porte d’entrée, tout en continuant à discuter avec lui, Elise affalée dans son fauteuil était en état de choc ! Son Lowell n’avait plus que quelques semaines à vivre… il n’y a que lorsqu’elle entendit son père frapper dans ses mains, qu’elle sortit de sa torpeur.

  • Max ! Préparez la calèche immédiatement ! Nous partons sur-le-champ à l’hôpital Royal.

XXX

Lowell avait été opéré deux jours plus tard et il s’en remettait doucement chez lui depuis un mois. Un spécialiste de l’hôpital lui avait déconseillé de rester à Londres pendant un certain temps à cause de la température trop froide, il n’avait pas pu mourir… quitter l’Angleterre pour soigner son coeur meurtri ne lui déplaisait pas… dès qu’il serait bien rétabli, il annoncerait son départ à sa famille, il avait envie d’aller dans un pays où le soleil brille. Il rêva soudain de l’Italie, un ciel bleu, des lacs, un air pur… il se referait une santé. Il pensa soudain à Elise, peu de temps après son opération, il avait appris que sa famille était tombée en disgrâce à cause d’un complot de son oncle qui avait tenté d’assassiner la reine. Le pire fut d’apprendre la mort d’Abel qui avait tué le cousin d’Elise en se faisant passer pour Cain. Il avait un peu de peine pour eux, car ils n’avaient pas hésité à le recueillir, le soigner… comme c’étaient eux et non ses parents qui avaient payé la coûteuse opération. Ils avaient étaient obligés de fuir dans une maison de campagne, seule Elise avait refusé de suivre ses parents, elle vivait seule dans la maison familiale avec quelques serviteurs, elle était devenue une vraie paria à la cour, ses amies ne venaient plus la voir et la méprisée… mais malgré ça, elle gardait la tête haute et souvent elle venait le voir pour lui apporter des fleurs, lui raconter des histoires. Au fond de lui, il avait une certaine admiration pour sa force de caractère. Il décida de se lever de son lit et de se rendre dans la bibliothèque pour lire devant la cheminée, il trouva un vieux livre qu’il adorait étant enfant, il s’installa confortablement dans un fauteuil et commença à le feuilleter quand on vint lui annoncer la visite d’Elise.

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