Abel avait trouvé ses marques dans l’atelier du port. Ils étaient occupés à monter un nouveau navire. Il voulait faire la surprise à Georgie et l’emmener en escapade à bord de ce bateau, qui devait devenir l’emblème de la maison Allen en Australie. Ce jour-là, il devait monter sur le mât pour procéder aux réglages. Il était solidement attaché.
Malheureusement, une violente bourrasque se leva alors qu’il était en hauteur. En un instant, la roue s’était transformée en tourniquet. Les cordes l’emprisonnaient ; il ne pouvait plus bouger. En essayant de se délier pour redescendre, le harnais cassa. Il fut projeté au sol. Il tomba inanimé.
Les occupants du navire voisin avaient assisté impuissants à la chute. Ils firent transporter Abel à l’hôpital. Georgie, prévenue accourra affolée. Elle tenait la main d’Abel qui avait repris conscience. Elle lui murmurait, sans savoir s’il la comprenait : Je suis là, ne t’inquiète pas. Tout va bien se passer. Abel reçut des sédatifs tant la douleur était intense. Il finit par s’endormir.
Le médecin convoqua Georgie, lui annonça que sa rate avait éclaté et que seule l’opération pourrait le sauver. Le Comte consentit immédiatement à l’opération. Abel fut opéré dans les heures qui suivirent, subissant une greffe. Georgie ne le quittait plus. Elle restait nuit et jour à ses côtés. Elle lui tenait la main, leurs yeux se disaient tout l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre. Malheureusement, ce matin-là, Georgie sentait qu’Abel n’allait pas. Il était brûlant, la fièvre avait grimpé. Elle relayait les compresses pour essayer de calmer la fièvre. Mais il n’y avait rien à faire. Abel fut pris d’une violente douleur, ses traits se crispèrent. Il prit les mains de Georgie qu’il serra contre son cœur. Il expira. Georgie hurlait, ce n’était pas possible, pas son Abel … son père la prit dans ses bras, comprenant ce qui s’était passé. Les médecins tentèrent de le ramener à la vie sans succès. Georgie pleurait. Son père l’invita alors à sortir dans le jardin pour qu’elle se détende. Il la serrait dans ses bras pour qu’elle épanche son chagrin. Elle voulut revenir pour serrer encore Abel contre elle, elle ne voulait pas croire en sa mort. C’était un cauchemar, ils étaient si heureux. Mais en se relevant, elle tomba dans les bras du Conte. Elle venait de faire un malaise.
Les médecins l’allongèrent, puis l’examinèrent. Ils lui annoncèrent qu’elle était enceinte. Elle apprenait le même jour la mort, irréversible de son amour et le fait qu’elle attendait un bébé. C’en était trop. Elle resta enfermée dans sa chambre 4 jours et 4 nuits. Elle s’alimentait car elle ne voulait pas perdre le bébé. Ce bébé la rattachait à la vie. Elle était torturée par ses pensées. Le jour des obsèques, elle fit preuve d’un grand courage, déposant un dernier baiser sur le front d’Abel avant qu’il ne soit emporté dans la terre. La terre d’Australie était finalement maudite. Elle avait englouti tous ses rêves et ses espoirs. Elle rentra et demeura désormais à côté de son père. Elle reprenait progressivement goût à la vie, ne retournant cependant plus aux endroits où elle se promenait avec Abel, ni à la ferme. Elle passait de longues heures devant la tombe d’Abel, lui parlant en secret. Elle avait l’impression que la douce brise du vent lui répondait. Son père, cependant la trouvait perturbée. Il y avait quelque chose dans son regard qui avait changé. Il ne comprenait pas qu’elle ne se réjouisse pas de la naissance prochaine de son enfant. Elle, qui rêvait d’être mère n’avait encore rien préparé pour la naissance de l’enfant. Le Comte s’en inquiétait.