CHAPITRE 4 : HEUREUX PROJETS

Le surlendemain, Georgie avait cuisiné un gigot. Les fromages étaient à point. Elle s’y était attelée dès le soir du retour, canalisant ainsi son énergie. Elle avait suivi les conseils de Mme Bäcker et il lui avait semblé qu’elle était présente. Ce jour-là, c’était elle la maîtresse de maison. Elle avait également cueilli des jonquilles pour embellir la table. Tout devait être parfait. Abel et Georgie souhaitaient déjà fêter leurs fiançailles.

Lorsque Kévin arriva, il était radieux de retrouver cette joie qui lui manquait tant. Les lieux inhabités étaient tellement vides ! Enfin, la vie reprenait ses droits. Il avait croisé le regard d’Abel sur Georgie et le regard qu’elle lui rendait à son tour.

-« Les enfants, m’avez-vous tout dit, il me semble que … «

Il fut interrompu par Abel , heureux d’annoncer, « Georgie et moi voulions vous annoncer que nous projetons de nous marier ». Il sortit de son sac un écrin et une bague en émeraude qu’il mit au doigt de Georgie. Je te remets cette bague en gage de mon amour. »

Georgie se jeta dans ses bras sous les applaudissements d’Arthur et de Kévin. Arthur avait un pincement au cœur, il n’était pas jaloux. Ce qu’il avait tant voulu freiner venait d’arriver. Rien n’avait pu empêcher cet amour d’éclore.  Kévin se souvenait de sa conversation avec Mary, si inquiète pour ses fils. Elle aurait été fière de les voir si heureux ensemble, c’était le destin. Kévin avait proposé à Abel une nouvelle fois de reprendre la ferme. Celui-ci avait refusé, lui expliquant que Mr Allen lui avait réservé une place de responsable pour sa nouvelle agence à Sydney. Cela lui permettrait de subvenir aux besoins de sa famille. Georgie, de son côté envisageait de se mettre à son compte comme couturière. Elle ne voulait pas bénéficier de l’argent de son père. Elle aspirait à travailler, sa nature ne pouvait se complaire dans une vie facile, à ne rien faire. La couture était sa passion et elle avait beaucoup d’idées en ce domaine, cela la portait. La journée s’acheva sous le soleil brûlant d’Australie. Georgie s’endormit, en paix avec elle-même, comme cela ne lui était pas arrivé depuis des mois. L’oncle Kévin avait discrètement donné des plans de menthe à Arthur ainsi qu’une racine qu’il devait cultiver. Effectivement, les premières décoctions lui permirent de retrouver son sommeil. Les envies compulsives semblaient s’espacer. Avec le temps, il avait confiance de sortir enfin de l’enfer dans lequel il avait été plongé malgré lui.

Le destin allait aider Georgie dans ses projets. Elle s’était rendue avec Abel ce matin-là à Montfort pour revoir la sœur Maria. Ils voulaient faire part de leur projet de mariage avec Abel, non sans que Georgie ait raconté au préalable son histoire dramatique. La sœur fut vivement touchée par son témoignage. Georgie s’était gardée de parler de Laurent. Il lui semblait déjà qu’il était loin et qu’un nouvel avenir s’ouvrait devant elle. Maria informa donc le prêtre des paroisses environnantes de ce projet. Le père Matthieu était déjà très âgé, il avait marié le couple Bäcker ; il se réjouissait donc de célébrer les noces d’Abel. Le mariage devait se dérouler dans deux mois, pour laisser au Comte le temps de s’installer. En sortant de l’église, ils rencontrèrent Barbara qui les invita à la maison. Finalement, ils y restèrent pour le déjeuner car la matinée était déjà bien avancée. Apprenant les projets de Georgie, elle lui proposa de travailler à ses côtés. Elle savait qu’elle était douée. Georgie, ravie de cette perspective commença le travail dès la semaine suivante, dans la maison de Montfort.

Deux semaines plus tard, le bateau de son père arriva enfin. A son arrivée, elle le serra fort dans ses bras. Ils dinèrent dans un restaurant chic de Sydney. Quand elle annonça à son père son mariage avec Abel, celui-ci était heureux mais ressentait un sentiment mitigé. Il s’inquiétait de sa succession dans les domaines. Abel, n’étant pas de l’aristocratie ne pourrait pas en assurer l’administration. Mais il était heureux pour sa fille ; elle irradiait de bonheur. Il pourrait former les enfants de Georgie ; ce serait certainement l’un d’eux qui prendrait la succession.

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