Cela faisait trois ans déjà que Laurent et Georgie étaient mariés. Le petit Théodor avait le même visage que son père : de grands yeux bleus comme le ciel. Il avait le caractère espiègle de sa maman. Georgie avait considérablement réduit son activité pour se consacrer à l’éducation de Théodor. Elle était une maman épanouie, mais son père resté à Londres lui manquait. Elle ne l’avait revu que trois fois depuis son retour en Australie. Pour les fêtes de Noël, il y a 6 mois, ils avaient pris la mer. Théodor avait été fasciné par l’univers mystérieux de la mer ; peut-être sommeillait-il en lui la fibre marine de son grand-père, ancien Capitaine. Edmund et Barbara Grey étaient très présents dans la vie de la famille. Le Capitaine était en retraite. Ayant quitté le palais de Sydney, il s’était installé avec Barbara dans son luxueux appartement. Ils aimaient se retirer dans la maison de Montfort. Par-dessus-tout, le capitaine affectionnait de passer de longues heures avec son petit fils, lui partageant des secrets de marin.
Laurent finissait brillamment sa troisième année de médecine. Pourtant, il était tiraillé. Il était attiré par la chirurgie. Il n’oubliait pas qu’il devait sa survie aux mains expertes des meilleurs chirurgiens de l’Angleterre. Seulement, il n’était pas possible de se former à la chirurgie en Australie, il devait aller étudier à Londres. Il connaissait l’attachement de Georgie à son pays et la relation privilégiée qu’entretenait Edmund avec Théodor.
Mais il se trompait sur un point : Georgie, depuis leur retour de Londres souffrait cruellement du manque de son père. Lorsqu’elle était avec son père, toutes les années d’absence s’effaçaient. Le Comte était un artiste né ; comme sa fille, il adorait la campagne et les animaux. Ils passaient du temps à galoper ensemble dans la campagne londonienne. Ses heureux souvenirs revenaient souvent à Georgie. Elle se sentait finalement seule en Australie. Abel vivait à Londres avec son épouse Bethy ; il était retourné travailler auprès de son patron londonien devenu un grand ami. Bethy était enceinte de leur deuxième enfant. Elle était devenue très amie avec Maria. Le Comte avait gardé celle-ci auprès de lui, en finançant ses études. Il avait rempli avec tendresse le rôle du duc, son pire ennemi, mort en captivité. Maria considérait le Comte comme un père doux et aimant. Elle continuait de correspondre avec Arthur, resté en Australie. Les fiancés s’étaient revus aux fêtes de Noël et projetaient de se marier l’année suivante. Arthur savait qu’il devrait laisser la ferme de son enfance, aussi avait-il formé un jeune apprenti pour prendre sa relève. Il escomptait lui louer la ferme et les terres pour en rester propriétaire et respecter les dernières volontés de Mme Bäcker. Maria devait avoir 18 ans dans un mois. Il voulait la retrouver. Il avait embarqué pour un aller définitif vers l’Angleterre. Il avait tout laissé derrière lui par amour. Le plus difficile avait été de quitter Georgie, le petit Théodor et Laurent, l’aristo comme il le surnommait. Les deux hommes étaient devenus très amis. Laurent aimait la pêche tout comme Arthur. Le Comte se réjouissait de la venue d’Arthur. Il comptait léguer à Maria une propriété écossaise, trop longtemps abandonnée du fait de son exil mais environnée de grands terrains dont la terre était fertile. Maria n’avait pas d’héritage, son père ayant été déshérité suite aux condamnations de haute Trahison. Il était heureux de la perspective du mariage, sachant la douceur de Maria et d’Arthur. Il savait aussi qu’Arthur ferait prospérer ce domaine écossais, aussi se réjouissait-il que cet endroit, emprunt pour lui de merveilleux souvenirs de jeunesse avec Sophia puisse à nouveau être un lieu de joie.
Laurent avait choisi d’emmener Georgie à Mengh dans le chalet de leurs retrouvailles pour leurs trois ans de mariage. Il pensait que c’était le moment de lui parler de son projet de retour à Londres. Ceux que Georgie chérissait avaient tous quitté la terre australienne. Georgie était ravie de vivre un moment d’intimité avec Laurent, très occupé quotidiennement par ses études. Laurent n’imaginait pas que Georgie, après le départ de son frère avait envisagé elle-aussi de retourner vivre à Londres. Laurent était définitivement guéri. Il n’était donc plus indispensable de vivre dans un climat chaud et sec. De plus, Georgie sentait à nouveau son corps se modifier ; elle était enceinte. Elle allait profiter de ce temps avec Laurent pour lui annoncer la nouvelle …
Ils s’installèrent dans le même chalet que trois ans auparavant. Le petit Théodor était gardé par ses grands-parents. Le couple avait bien l’intention de profiter de ces moments si rares d’intimité. Ils allèrent dîner à l’auberge où ils se régalèrent des spécialités locales de terrines et des fruits de mer. L’ambiance était festive : un orchestre irlandais animait la soirée.
– « Georgie, ma chérie, tu vas finir par t’étouffer » dit Laurent en souriant.
– « N’aie crainte, je contrôle la situation », dit Georgie en riant
– « Tu me rassures, peut-être attends-tu un heureux événement … »
– « Laurent, justement, je voulais te dire que j’ai vu le médecin hier car j’avais des nausées ces dernières matinées. Oui, mon amour, nous attendons un autre petit ange »
– « Oh, ma chérie, je suis si heureux … »
Laurent invita Georgie sur la piste de danse. Il l’entraînait, grisé qu’il était de la nouvelle. Sa vie n’était que ravissement ; Georgie avait une telle joie de vivre et il lui semblait que chaque jour, leur amour grandissait. Ils s’assirent à nouveau. Laurent, pour fêter l’évènement commanda deux coupes de glaces bien garnies. Il osa enfin aborder le sujet qui le préoccupait.
– « Tu sais, Georgie, je voudrais te parler de quelque chose qui me tient très à cœur ».
Georgie sentait son cœur battre, ce ton sérieux l’inquiétait.
– « Tout va bien, Laurent ?
– « Oui, ne t’inquiète pas, c’est au sujet de ma formation. Georgie, je rêve de devenir chirurgien. Le médecin chef de l’hôpital m’a complimenté pour mon travail et m’a dit qu’il recommanderait ma candidature si je postulais. Mais, la formation se déroule à Londres sur trois ans. Cela signifie que nous devrons y déménager. C’est pourquoi, je n’ai pas pris de décision, je voulais te consulter. Je voulais savoir comment tu envisageais nos futures années. »
– « Laurent, je te remercie de l’attention que tu portes à mon bien-être. Je t’ai déjà dit que j’irai n’importe où, pourvu que nous soyons toujours main dans la main. Je serai heureuse de retourner à Londres pour tes études, pour que tu accomplisses ton rêve, et je pourrai être auprès de mon cher père qui me manque tant. »
– « Oh, Georgie, je te remercie pour ton amour. Si tu savais comme je languis d’exercer ce métier pour venir en aide à ceux qui ne peuvent pas financer le type d’opérations qui a sauvé ma vie. »
Ils étaient conscients l’un et l’autre d’avoir franchi une étape importante de leur vie. Laurent prit les deux mains de Georgie, les embrassa. Ils sortirent du restaurant pour se rendre au chalet. Ils étaient tendrement enlacés. Ce fut une nuit de passion.