Le lendemain, Laurent avait demandé à Georgie de consacrer leur matinée à parler du mariage. Il sentait aussi que c’était le moment de lui parler de la situation particulière qu’ils vivaient.
– « Georgie, je voulais te dire que j’ai prévu de rencontrer les journalistes dans deux jours pour leur conter notre histoire. »
– « les journalistes ? mais pourquoi ? »
– « Georgie, je sais que tu n’es pas habituée à cela. Mais les journalistes vont raconter toutes sortes de choses sur nous, nos familles quand ils apprendront la nouvelle du mariage et qu’ils verront ta grossesse. C’est pourquoi, je ne veux pas que tu souffres. «
– « C’est si important ? »
– « Georgie, je comprends ta réaction mais tu es comtesse, à présent et nous appartenons tous deux à l’aristocratie. La presse est à l’affût de tous les événements qui pourraient être croustillants …. J’ai pensé que pour couper court à toutes les injustices que nous avons vécues, et pour clarifier la situation auprès de la noblesse, le mieux était de raconter notre histoire, notre fuite de l’hiver dernier. Ce n’est pas honteux … nous serions mariés depuis longtemps si ce maudit duc de Roussac n’avait pas manigancé tout ce mal contre nous. Je veux que tu sois libre, chère Georgie. Tu mérites d’être honorée, tu as été assez rabaissée. Je t’aime mon amour et je m’engage à toujours de protéger et prendre soin de toi et de nos enfants.
– « Moi aussi, je t’aime. Laurent, tu as raison pour les journalistes. Ce sera mieux ainsi. Je n’ai rien à cacher, j’ai toujours agi selon mon cœur. Je t’ai tout donné, Laurent, mon cœur est à toi aussi longtemps que je vivrai. »
Et elle se blottit dans ses bras en le remerciant encore de sa prévenance.
Ils souhaitaient tous deux un mariage simple sans grande réception. Georgie avait en horreur les mondanités et les discussions aristocratiques superficielles. Ils décidèrent que la réception aurait lieu à Sydney au palais du gouverneur qui serait fermé ce jour-là. Georgie avait demandé la faveur de se marier à Montfort là où elle avait vécu ses plus beaux souvenirs d’enfance et en hommage à ses parents, qui s’étaient mariés dans cette église.
Elle se souvenait aussi de l’entretien qu’elle avait eu avec sœur Maria. Elle lui avait alors confié sa détresse, ses moments de mélancolie alors qu’elle réalisait qu’elle aimait encore Laurent. Elle lui avait dit qu’elle lui avait tout donné mais que cet amour était impossible. Et la sœur avait eu ces paroles rassurantes « Georgie, les voies de Dieu ne sont pas nos voies. Si le Ciel a décidé que cet amour était vainqueur du mal, vous vous retrouverez. Garde cette foi au fond de ton cœur. « Elle lui avait alors remis une petite croix, en lui recommandant de prier régulièrement avec tout son cœur, avec ses larmes. Georgie repensait avec émotion à ce moment. Le miracle était aujourd’hui : Laurent était à ses côtés, Georgie souriait.
– « A quoi penses-tu mon amour ? »
– « Je remercie le Ciel pour sa fidélité, pour notre amour, pour notre bébé »
– « Georgie, je ne cesserai jamais de rendre grâce pour tant de bonheur. Et si nous donnions un prénom à notre bébé ? Nous n’y avons pas encore songé … »
– « J’y ai pensé énormément, cela occupait mes pensées quand j’étais mal. Je voulais lui donner le prénom de « John » comme mon père adoptif qui m’a tant aimé. »
– « C’est une belle initiative de ta part. Mais je préférerais que ce soit son deuxième prénom. Car ton père adoptif est parti, et je ne voudrais pas que notre enfant porte tout cela. J’espère que tu comprends mon point de vue. »
– « Oui, tu as raison, mais si c’est une fille, il faudra trouver un autre prénom. Sophia pourrait être son deuxième prénom. »
– « Oui, mais je suis sûr que c’est un petit homme. Il est combattif, il a résisté à tout ce que nous avons vécu …. Théodor serait un beau prénom … »
– « Théodor, ça me plaît. Et pour notre petite fille, je pensais à Victoria, comme la victoire de notre amour. »
Ils s’embrassèrent tendrement, heureux de la perspective d’être parents.
Et pour la garde-robe du bébé et ma robe de mariée, oh, j’avais oublié la robe de mariée !
– « Laurent souriait, ne t’inquiète pas, Barbara a déjà commencé à la confectionner.
– « Mais … »
– « Chut, c’est une surprise. Ils en ont parlé avec mon grand- père. Elle a pris tes mesures pour évaluer la taille pour que ta robe reste ajustée. Et, puis, comme ça, tu pourras te détendre et penser au bébé…
– « Et la layette ? »
– « Ne t’inquiète pas, ma grand-mère doit déjà être en train de tricoter les petites brassières. Et ma mère, de faire les boutiques … »
Et ils se mirent à rire. Bien que Georgie n’aie pas l’habitude de tout cela.
– « Laurent, je voulais juste de demander une faveur. Je pourrai allaiter notre bébé ? »
– « Oh, normalement, cela ne se fait pas dans notre milieu, les mamans ont une nourrice. Mais il sera fait à ta guise, chère Georgie, tes volontés seront les miennes…. J’ai aussi une faveur à te demander … Quand nous rentrerons, nous irons visiter le manoir que mon grand-père a choisi pour nous. »
– « Le manoir ? ton grand-père ? »
– « Oui, Georgie, je l’avais chargé de choisir pour nous un lieu de vie en lui donnant mes critères. Je te propose que nous visitions le manoir ensemble, nous verrons si l’endroit te plaît. »
– « Mais nous n’avons pas besoin d’un manoir … »
– « Nous en aurons bientôt besoin … avec tous nos enfants »
Ils se levèrent pour se rendre à l’auberge prendre le repas. Laurent avait prévu d’emmener Georgie aux thermes l’après- midi. C’était une surprise. Elle devait y recevoir des massages. Il savait qu’elle ne connaissait pas ce bien-être et s’en réjouissait. Ils prirent donc la calèche pour se rendre à la ville voisine. Ils se promenèrent dans le parc des thermes, admirant les sources les plantes exotiques et les fleurs. C’était un enchantement pour Georgie qui s’extasiait devant la beauté du lieu et ses senteurs agréables. Puis Laurent la guida vers l’entrée des thermes.
– « Nous voici arrivés à destination. Ma fiancée adorée va se faire dorloter … »
– « Quoi ? »
– « Chut, tu vas recevoir des massages. Je vais recevoir les miens de mon côté puis nous nous retrouverons dans le bassin avec cette eau à 37°. Tu verras à quel point c’est revigorant. »
– « Oh, Laurent, que ne ferais-tu pas pour moi ? Je t’aime …. Mais je n’ai pas de tenue adaptée. »
– « J’ai emmené ton maillot de bain …. C’est Barbara … »
– « Oh, Barbara, ma chère Barbara. »
Et Georgie était une fois de plus émue. La vie était devenue plus belle que dans tous ses rêves. Elle ne se doutait pas que Barbara était déjà en train de confectionner sa robe de mariage, sur les consignes de Laurent. Elle avait décidé de faire une création rien que pour Georgie et de coudre des primevères qu’elle avait confectionnées en soie, sur la longue traîne de sa robe.
Laurent et Georgie profitèrent encore de la journée du lendemain avant de rentrer à Sydney. Ils allèrent directement au palais, Edmund les attendait pour le dîner.
– « Bonsoir, grand père »
– « Bonsoir Laurent, tu es radieux, je vois que le séjour à Mengh a été profitable. »
– « C’est surtout la compagnie de ma chère et tendre fiancée qui me comble de joie. »
– « Bonsoir, Monsieur Grey… »
– « Je vous en prie, appelez-moi Edmund ou grand-père. Vous faites partie de la famille. Installez-vous vite, vous devez être fatiguée après ce trajet et toutes ces émotions. »
Le dîner se passa dans la joie. Edmund ne put s’empêcher de faire allusion au concours de boomerang. A peine eut-il présenté son boomerang de collection à Georgie, que celle-ci voulut le tester.
– « Il est à vous, si vous voulez. L’endroit n’est guère adapté à une démonstration de boomerang. » Et tous se mirent à rire …
La date du mariage fut fixée au 1er septembre ; cela laissait un peu plus d’un mois pour les préparatifs. Laurent devait commencer sa formation à l’hôpital le 15 septembre. L’avenir de nos deux amoureux se construisait dans la joie et la sérénité. Toute la famille Grey, les Barnes étaient déjà sur la mer en direction de l’Australie pour fêter l’heureux événement et préparer la demeure des futurs mariés. Georgie devait retrouver son père au port le lendemain. Elle était impatiente, il lui manquait tant ! Elle n’imaginait pas les surprises que son père lui réservait ! Le Comte était très heureux du mariage. Laurent devenait Comte de Grey par son union avec Georgie ; il était rassuré quant aux intérêts de ses domaines.